
________~.Connais tu l'histoire du crapaud et de la princesse? Non? Alors laisse-moi te la conter.
_____Il était une fois, il y a fort longtemps, un grand château situé quelque part dans le Nord, habité par un roi, une reine et leur fille, Ethelred. La princesse, malgré son prénom faisant référence à son rang, était une fille assez banale, comme toutes les autres princesses...hormis le fait qu'elle était souvent vêtue de noir, qui, dit en passant, faisait ressortir la couleur de ses yeux, d'un bleu presque gris et sa chevelure d'un blond doré quand le soleil l'éclairait.
Le soleil. Là commençait ses différences, le soleil...elle le haïssait. Quand ses parents l'obligeaient à sortir en promenade, ses rayons lumineux lui brûlaient les yeux, il lui faisait mal, à elle, qui était habitué à la pénombre de sa petite chambre situé dans l'aile Est du château, où, seul quelques rayons filtraient à travers ses volets. Juste à peine pour distinguer les silhouettes de divers meubles et objets parcourant la pièce.
_____Pourquoi la princesse vivait-elle en troglodyte ? Le fait d'avoir perdu espoir d'attendre une vie meilleure. Bien sûr, elle ne pouvait se plaindre de rien, elle était nourrie, logée, blanchie, aimée par sa famille...mais ce n'était pas la vie qu'elle désirait, ce monde ne lui plaisait point. Les guerres entre royaumes, la famine chez ces pauvres paysans qui travaillaient pour son père pendant que les nobles à la cour se gavaient comme des oies, ne sachant rien faire de leur dix doigts et protégé par leur titre, leur haute lignée. Comme elle.
Elle le savait mais ça ne faisait que la révolter, tant d'injustices, tant de destruction, tant de querelles pour un bout de terre...de l'or...des privilèges...un monde où les hommes se transformaient en bêtes...se battant pour obtenir cette chose qui ferait d'eux les maîtres du monde...le pouvoir. Un sourire cynique naquit au bout de ses lèvres à la pensée que la chair des personnes de son sexe n'était qu'une monnaie d'échange pour souder et préserver la paix entre deux royaumes, mariages sans amour, mariages arrangés.
_____Le jour de sa sortie hebdomadaire, moment qu'elle détestait par-dessus tout pour différentes raisons, Ethelred décida de se sauver. A peine avait-elle franchi le pont-levis avec son chaperon que, profitant d'un moment d'inattention de celui-ci, elle se mit à courir à toutes jambes en direction de la forêt voisine. Sa dame de compagnie dut se résigner à la poursuivre à cause de son grand âge.
La princesse était libre pour son plus grand plaisir mais le revers de la médaille, était qu'elle s'était perdue dans ces bois. Elle décida de suivre en aval, le cours d'un ruisseau qu'elle venait de repérer. Celui-ci la mena à une petite clairière, calme et paisible qu'il traversait de long en large. La princesse s'assit au bord de l'eau, effleura la surface turquoise de sa main et se laissa à ses émotions...ses larmes salées se mêlant à l'eau douce. Tout à coup, elle se redressa d'un bon, quelque chose avait bougé au fond de l'eau et avait sauté à côté d'elle. Sur l'herbe se tenait un petit crapaud d'une teinte verdâtre, sa couleur expliquant pourquoi elle ne l'avait pas remarqué plus tôt.
_____Les larmes de la jeune fille avaient réveillé notre crapaud qui sommeillait et celui-ci, intrigué et curieux, voulait connaître la cause de ces pleurs et gémissements plaintifs.
La princesse n'eut le temps de se remettre de sa frayeur que l'amphibien engageait déjà la conversation.
« Excusez-moi gente damoiselle de vous troubler et veuillez pardonner mon indiscrétion mais pourquoi larmoyez-vous ? »
Un crapaud ? Qui tient langage ? Non ? Je dois rêver, pensa Ethelred.
Malgré son étonnement elle répondit.
« - Je ne savais point que ceux de votre espèce étaient doués de parole Sir Crapaud.
- Vous les humains savez parler, d'ailleurs vous n'avez point la langue dans votre poche, pourquoi mon « espèce » ne pourraient-elles point converser comme la vôtre ? » Répondit le batracien, blessé.
« Excusez-moi si j'ai pu par mes propos vous offenser Sir, vous conviendrez qu'il n'est pas courant que nos deux « races » communiquent entre elles. » Elle se tut un court instant puis reprit. « Pour répondre à votre question, mon chagrin me vient de mon peuple. Nous les Hommes sommes des bêtes sanguinaires avides de pouvoir et prêtes à tout pour l'obtenir. Je n'en puis plus, je ne puis réprimer plus longtemps mon horreur envers mon espèce...mon désir de ne plus lui appartenir...mon désir de ne plus être marchandise...mon désir de quitter ce monde aussi froid et cruel que nous sommes. Un monde vierge, qui, avec le temps, fut façonné à notre image. Et quelle image... » Perdue dans ses pensées, sa gorge échappa un rire nerveux et quelques spasmes parcoururent son corps.
« Je suis peiné de vous voir si triste damoiselle et si je pouvais vous aider en quoi que ce soit... »
- Vous pouvez m'aider, dit-elle sur un ton résolu après un certain laps de temps, j'ai bien réfléchi et...vous, Sir, votre espèce est venimeuse...plus que celle d'un crapaud commun...accepteriez-vous d'être à la fois mon sauveur et mon assassin? »
L'amphibien quoique surpris par la requête de la jeune princesse n'y vit aucune objection.
« Si vous êtes certaine que là est votre délivrance et que l'inconnu non-existence vous sera plus favorable que ce monde-ci, qu'il en soit ainsi. »
Les sécrétions défensives de la peau de notre crapaud, d'une puissance toxique mortelle tuèrent Ethelred en quelques minutes.
Avant de mourir, elle bénit leur rencontre et le remercia de son geste par un dernier sourire sur son visage pâle, déchiré par la douleur.
_____Quelques jours plus tard, les serfs du royaume retrouvèrent le cadavre rigide d'une jeune fille entouré de quelques dépouilles de charognards intoxiqués, dans une forêt à proximité du château. Le cadavre fut identifié par le Roy comme celui de la princesse du royaume. Quelques mois après le décès de sa fille, la reine succomba à son chagrin...laissant un homme veuf, sans successeur, gouvernant un pays en deuil, rongé par la vermine, la famine et la mort...
_________________Nulle histoire ne nous conte ce qu'il advint du Sir Crapaud.~